L’exubérance du 1
le 21 mai 08 par Moliv
Vous le connaissez bien. A chaque fois qu’une musique vient caresser vos oreilles, le voilà qui s’impose subrepticement à elles, tranquillou comme ça l’air de rien. Sans même y penser, vous l’entendez, le ressentez, le visualisez même, à tel point qu’il vous est impossible de prêter une quelconque attention à ses acolytes. Je parle bien sûr de ce cher temps 1, temps fort s’il en est, qui surclasse tous les autres sans qu’on sache vraiment pourquoi.
Ben oui, tiens. Pourquoi n’entend-on que lui, d’ailleurs ?
C’est simplement une question de conditionnement. Nous autres, petits occidentaux, avons les oreilles formatées par une rythmique pop-rock plutôt basique :
Je suis volontairement réducteur, bien sûr. Jazz, funk, rock, jungle, que sais-je encore. Il suffit de donner 2 baguettes à un vrai batteur pour comprendre qu’un riff de batterie ne se limite pas forcément à un bête poum, tchack, poum, tchack. Mais le fait est que notre environnement musical populaire est dominé par des rythmes plutôt basiques.
Prenons donc l’exemple précédent, constitué de 2 mesures 4/4 à 100bpm. Faites pas attention à la notation absconse, ça veut simplement dire qu’on aura 100 battements d’une valeur de 1 temps par minute. C’est une vitesse relativement moyenne, ce qui fait que si l’on bat la mesure avec le pied, on marquera instinctivement tous les temps : 1, 2, 3 et 4.
Maintenant si l’on est fainéant (ou Corse, ça marche aussi), on peut très bien marquer seulement un temps sur 2. Sans trop réfléchir, on tapera ainsi sur le 1 et sur le 3, guidé par le gros poum de la grosse caisse qui donne le début de la phrase musicale. Et si l’on est vraiment, mais alors vraiment très économe de ses tapotements de pied, on n’en marquera plus qu’un seul, au hasard le 1. Cet incontournable premier temps, qui saute immanquablement aux yeux de nos oreilles, puisqu’il correspond à la première note jouée dans la plupart des phrasés rythmiques. On dit ainsi que le 1 est un temps fort, le 3 un temps moyennement fort, et les 2 et 4 des temps faibles.
Alors je vous vois venir. Vous allez me dire : « Ouais, mais même quand il n’y a pas de batterie, on l’entend bien, le 1 ! ». Certes. Mais c’est le même principe. On cale notre écoute sur le début des éléments périodiques, qui sont la plupart du temps accentués ou suggérés au premier temps des lignes mélodiques, qu’elles soient instrumentales ou vocales.
Donc pour résumer, si nous marquons instinctivement le 1 en battant la mesure, quelle que soit la musique que nous écoutons, c’est tout simplement par habitude, ce temps étant très nettement présent dans l’environnement musical dans lequel nous avons grandi.
Oui, 456 mots pour en arriver là. J’aime bien parler pour ne rien dire des fois… 