Et la musique, dans tout ça ?
le 08 juillet 08 par Moliv
On le sait, la préoccupation première de tout danseur, qu’il soit débutant ou confirmé, est d’apprendre des passes. Tout plein. Encore, encore, et encore. Ce qui, malheureusement, peut souvent mener au célèbre syndrome du « massacre à La Fontaine » (cherchez pas, je viens de l’inventer).
Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps que ça (je ne parle pas pour moi, là). Vous vous teniez sagement assis sur un inconfortable banc de bois, un cartable à vos pieds, un livre de récitations ouvert devant vos petits yeux innocents, tentant désespérément de prendre le contrôle du cerveau de la maîtresse afin d’y effacer jusqu’au moindre souvenir de votre existence… lorsque la phrase fatidique tombait, cruelle, péremptoire, sans aucun espoir de retour, et forcément à votre intention : « Venez donc au tableau nous réciter le poème d’aujourd’hui… ».
S’ensuivait alors la sempiternelle rengaine monocorde ânonnée avec application, vibrant d’autant de poésie nuancée qu’un transistor bipolaire (et encore), et massacrant allègrement l’œuvre d’un illustre poète disparu, qui se serait jadis très certainement tourné vers la broderie s’il avait su l’usage que l’on ferait de ses vers quelques siècles plus tard !
Eh bien c’est un peu ce qui se passe lorsqu’on se contente de réciter machinalement toutes les passes se disputant régulièrement une place dans notre petite mémoire saturée. Il suffit d’assister à une soirée de congrès pour s’en convaincre : on peut immanquablement admirer, à intervalles aléatoires, des dizaines d’élèves tentant de caser approximativement les 14 passes apprises dans la journée. Je le sais, je l’ai fait plus d’une fois.
Seulement voilà, outre l’adorable accessoire féminin qui nous a gracieusement accordé une danse, et qui n’a certainement jamais demandé à être considéré comme un cobaye d’expérimentation post-apprentissage, il est bon de prêter attention à ce tout petit léger infime détail, trop souvent relégué au rang de simple prétexte, et sans qui aucun danseur au monde n’aurait jamais pu exister : la musique.
Nul besoin de sortir du conservatoire de Paris pour pouvoir prétendre à une interprétation musicale. Il suffit simplement d’écouter. Un piano délicat, annonçant « l’instant romantique » cher à tout danseur masculin ; des cuivres puissants, débouchant sur des breaks propices aux regards complices… Pas la peine d’en faire des tonnes, le simple fait de considérer la musique comme un stimulant plutôt qu’un fond sonore procure immédiatement des satisfactions insoupçonnées.
Essayez, juste pour voir. Vous ne pourrez plus vous en passer.
Titi 08.07.08 à 12:06 - Citer
Voui. Et c’est vrai qu’a mon dernier congrès, plutot que d’essayer de reproduire les 14 passes que j’avais apprises, j’en ai juste essayé de temps en temps 2 et me suis contenté de mon passif pour le reste. Ben j’ai beaucoup plus apprécié les danses.
Bon, faut bien “s’entrainer” a un moment mais autrement ou avec (Grant) Parcimonie (je sais pas qui c’est, c’est pour ca que j’orthographie mal son nom :op)
Non??
Pourquoi on préfère danser sur une musique qu’on aime bien??? Ben justement parce qu’on l’aime bien (lol). Parce qu’elle nous donne envie de bouger, parce qu’elle nous renvoie des tas de sentiments ou sensations. Alors, si on récite sur cette musique et qu’on ne pense pas a l’écouter, ben on a tout intérêt a rester assis pour l’écouter et l’apprécier et a danser sur des chansons qu’on aime pas.
Mais surtout, ne faites pas ca!!! Vous passerez a coté de beaucoup de choses.
Car, comme il a dit le monsieur qui écrit bien, écouter et jouer avec la musique quand on danse, ya rien de tel pour faire planer. Et n’est-ce pas ce qu’on recherche??
Maxou 08.07.08 à 16:41 - Citer
Sujet intéressant! Pendant 2 ans je cherchais aussi à réciter les passes, sans faire attention à la musique. Puis, un beau jour de Janvier 2007, après une mutation dans la région Paca, j’ai assisté à un cours+soirée dans le fin fond du var où le prof, un mec qui écrit bien, dansait superbement bien, et en accord parfait avec la musique. Là, je me suis dit: “waow! bon ok, lui il est à part!”. 10 minutes plus tard, c’est son frère que j’ai vu danser également en respectant la musique de façon splendide. Et là: “ok! Je suis tombé chez les fous, qu’est-ce qu’ils ont ici à faire des breaks de malade?”. Plus sérieusement, je pense que ça m’a mis un déclic et depuis ce temps je fais de plus en plus attention à la musique, merci les frérots.
J’ai récemment lu un article intéressant d’Eric Freeman (prof de salsa américain à qui l’on doit de nombreuses séries de vidéos, dont les “salsa a la cubana”, ou encore les “cool moves revealed” avec Edie the salsa freak), qui traite de la façon de danser non pas sur le temps mais légèrement derrière, pour pouvoir plus ajuster sa danse à la musique.
“Simply put, because good dancers move their feet and bodies on the music, while great dancers move their feet and bodies to the music”
le reste de l’article est là, pour ceux que ça intéresse: http://www.salsaville.com/dancing_behind_the_beat.htm
Bon ok c’est pas tout de danser juste après le temps, encore faut-il le trouver
(spéciale dédicace titi) mais ça c’est un autre sujet lololol
Miss Terre 09.07.08 à 13:19 - Citer
Moui c’est totalement exact…
Mais pour ma part, le syndrome du “débutant qui en fait trop” est une manière aussi, je pense, de ne pas se sentir ridicule devant nous : accessoire féminin… Mais souvent l’effet escompté n’est pas celui désiré…
En effet, nombre de “pitis” salseros pensent qu’ils ne sont pas à la hauteur de nos attentes, alors ils tentent de passer des passes, et j’en passe, pour ne pas qu’on leur dise : “LOL mec t’es trop naze !! Comment ça se fait que t’es pas venu au monde en maîtrisant le Dance Floor ??”.
Du coup ces moments de privilège où 2 êtres communient dans la magie d’une danse, deviennent des méli melo(drame) de stress, de technique non acquise, de tirage de tronche et j’en passe (encore), de “vivement que ça se termine”… Il est plus agréable pour ma part de sentir que son partenaire s’éclate sur les pas de base avec un beau sourire, que de se retrouver dans ce genre de situation…
Reste à savoir si nous, gentes dames, nous ne vous regardons pas trop de haut, vous chers danseurs, et inconsciemment (consciemment) nous ne vous mettons pas la pression… Parce que, au final, nous ne voulons pas être ridicules…
Il faut quand même dire que rares sont les filles qui se mettent à la musicalité, tout d’abord parce qu’elles se cachent derrière le “c’est pas moi qui décide c’est le mec, mais t’as intérêt à assurer et assumer” ou on ne leur à pas “appris” à écouter et respecter à musique (mais ça, c’est aussi valable pour ces messieurs).
D’où… Faut il apprendre à écouter avec son coeur ??
De toutes façons, lorsque l’on regarde nos amis cubains, par exemple, ils ne sont guère dans les passes apprises la veille, mais bien dans la magie de bouger leur corps sur une musique entraînante, envoûtante.
Mais pas que les cubains d’ailleurs…
Faut il donc penser que les Français sont des “coincés” qui ne savent qu’apprendre et reproduire plutôt que ressentir ??
N’a t on pas dans notre éducation ce petit truc en moins des “autres” pays qui fait que nous ne savons plus nous amuser et prendre du plaisir simplement et en écoutant ?
Sommes nous dans la performance ?
Les profs apprennent ils l’amour de la danse et de la musique, ou juste des successions de passes dignes du cirque de Pekin ? Ont ils le choix au final ? Ou est ce une demande des salseros ?
Voilouxe mon avixe
Maxou 09.07.08 à 14:36 - Citer
“Faut il donc penser que les Français sont des “coincés” qui ne savent qu’apprendre et reproduire plutôt que ressentir ??”
Je ne pense pas que ce soit propre aux français, mais plutôt à tous ceux qui arrivent dans le “phénomène” salsa, désireux d’apprendre une danse “exotique” forte en racines culturelles. Difficile alors de se mettre dans la peau d’un cubain ou d’un porto-ricain qui a été bercé dans ces rythmes depuis sa tendre enfance… Alors, avant de s’intéresser à la culture et à l’approche musicale qui en ressort, eh bien on commence par la technique, et on cherche à apprendre le plus de choses possibles dans ce domaine. C’est après je pense que vient l’intérêt assez soudain d’enrichir sa danse de style ou de rythme, en laissant enfin de côté les bases (nécessaires) techniques.
“N’a t on pas dans notre éducation ce petit truc en moins des “autres” pays qui fait que nous ne savons plus nous amuser et prendre du plaisir simplement et en écoutant ?
Sommes nous dans la performance ?”
Du coup, je pense qu’ effectivement on a tendance à être un peu dans la performance, mais encore une fois je pense que ce n’est pas propre à la France, mais à tout pays dont la salsa n’est pas “Culture”.
“Les profs apprennent ils l’amour de la danse et de la musique, ou juste des successions de passes dignes du cirque de Pekin ? Ont ils le choix au final ? Ou est ce une demande des salseros ?”
Certains profs (ce sont d’ailleurs généralement les cubains et porto-ricains, mais pas seulement) essaient de transmettre l’amour de la danse et s’attachent également à enseigner l’écoute musicale, le rythme, etc. Mais, bien souvent, ce n’est effectivement pas l’attente du jeune salsero débutant, qui souhaite avant tout parfaire sa technique. A tort selon moi… Et puis, même si un enseignant pourrait passer 6 mois à apprendre les bases avec rythme et écoute musicale autour de 2 ou 3 pas de bases primordiaux, au final un débutant risque de trouver ça trop “lent”. Du coup, on passe 3 semaines sur les pas de bases, et ensuite on enchaîne les passes, ça aussi c’est regrettable…
Miss Terre 09.07.08 à 15:20 - Citer
Merci Maxou
C’est bien juste ce que tu dis…
Un petit détail en plus qui est assez frappant, lorsque je pense que les français sont “coincés” c’est aussi en comparaison avec les pays européens et pas seulement pour la salsa, mais tout simplement lorsqu’il s’agit de s’amuser.
Peut être également que c’est un peu trop guindé sur la côte, et qu’ailleurs en France c’est plus “cool”… c’est possible aussi, faudrait que je danse un peu plus dans l’hexagone.
Mais c’est évident que le côté paillette de l’entre Monac et St Trop doit changer les donnes question enseignement… ben vi faut en mettre plein la vue rapidement (et si tu as en plus la caisse et la robe Gauthier qui va avec lol)… alors au diable les bases passons direct à l’essentiel : c’est à dire emmagasiner les passes qui font style de la mort qui tue…
mais souvent au détriment d’un réel apprentissage et d’une libération des plaisirs.
En général, je trouve qu’il y a toujours un peu plus d’ambiance ailleurs, entre autre (et oui il fallait bien qu’elle le sorte, et non je ne suis pas encore sevrée lol) les Italiens savent s’amuser et ont le culte de la fête en groupe, regarde le nouvel an là bas c’est la folie…
Moliv 09.07.08 à 18:02 - Citer
Ben dites donc, ça tchatche, par ici ! Moi qui m’étais habitué à un doux rythme de croisière samuz !
Alors en vrac…
Excellent ton lien, Maxou. Je le recommande à tous ceux que la langue de Shakespeare ne rebute pas trop. Sinon évite quand même d’écrire des trucs comme ton premier paragraphe ; moi c’est trop tard jme la raconte déjà grave, mais Titi est encore pur et innocent, lui, c’est un coup à nous faire exploser ses chevilles !
Sinon pas mal de choses justes ont été dites, inutiles de les répéter; donc. Mais j’aimerais revenir sur quelques points…
Déjà, quand notre miss Terre parle du stress du débutant face à l’intransigeance féminine, elle est malheureusement dans le vrai. On répète suffisamment à l’homme que c’est lui qui guide la danseuse, pour qu’il se sente investi d’une lourde et traumatisante responsabilité. Et fatalement, il va rechercher la performance technique, parfois au détriment du reste. J’ai déjà vaguement abordé le sujet, qui a toujours été, et qui sera sans doute toujours d’actualité, car il n’y a malheureusement pas de solution facile. Seulement d’éternels compromis que je sais douloureux, comme en témoigne la déception des élèves lorsque je leur refuse cruellement l’accès au cours supérieur, malgré une envie et une motivation débordantes. Appelez-moi l’Impitoyable…
En ce qui concerne le contenu des cours, il est vrai que l’écoute musicale et la communication entre partenaires sont rarement abordées par chez nous. Surtout vers la Bocca. C’est une honte. Mais c’est par une remise en cause régulière que les choses pourront doucement évoluer pour que tout le monde y trouve son compte, même si l’équilibre pédagogique parfait restera toujours une douce utopie.
Sinon même si je suis le premier à louer la qualité des soirées salsa italiennes (enfin celles que je connais en tous cas), je ne suis pas vraiment un partisan du : “ici c’est pourri, là-bas c’est génial”. Le syndrome de l’herbe plus verte, tout ça. Bien sûr, la Côte ça rime surtout avec strass et paillettes, nous sommes à la ramasse niveau structures, l’ambiance n’est pas la même, et j’en passe… Mais je t’assure avoir déjà vu des Italiens qui n’aimaient pas faire la fête, qui n’avaient pas le sens de rythme, ou pire, qui se la racontaient ! Si.
Miss Terre 10.07.08 à 13:18 - Citer
Le coup de l’herbe est toujours plus verte ailleurs, ben vi
et dans la lignée je suis persuadée que les Italiens sont les premiers à dire : “mais qu’est ce que vous foutez dans les soirées Italiennes ? Moi je ne rêve que de faire la fête sur la Côte d’Azur lol”
Mais pourri ici ? Je ne dirais plus ça (ben vi y a du progrès lol) c’est juste une façon de voir les choses finalement. Sauf, que c’est vrai je me sens plus à l’aise à l’étranger… c’est peut être aussi la barrière de la langue, une sorte d’anonymat, une sensation de ne pas se faire épier et juger, des cadres différents où on se sent bien et au large…
Maintenant c’est vrai que si la salsa sur la côte trouvait une jolie place dans des lieux adaptés (genre Chamerur) je pense que ça aiderait aussi (même si c’est loupé pour le Chamerur cette année :( et courir à Imperia ben ça reste une trotte au final).
Alors privée de danse la Miss Terre ?? :( ben non on s’adapte
Et c’est vrai qu’il y a des “étrangers” qui ne sont pas en rythme, qui refusent des danses, etc…