Conscience monétaire

le 21 juillet 08 par Moliv

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Fut un temps où ils pullulaient. Imposants, gourmands et arrogants, ces emblèmes de réussite sociale étaient à l’automobile ce que les manteaux de fourrure sont à la mode vestimentaire : superflus, ostentatoires et amoraux.

Je parle évidemment des 4×4.

J’aime pas les 4×4.

Alors je ne vais pas me lancer dans une tirade anti-SUV-addicts, je connais des gens très biens férus de ce genre de gros machin (qui n’ont curieusement jamais pu me convaincre de l’utilité de leur fidèle destrier). Mais l’actualité automobile de ces derniers mois laisse à réfléchir.

Tout le monde le sait, le prix du baril de pétrole n’a de cesse de se prendre pour un ballon d’hélium lâché en pleine nature. Il monte, il monte, manifestement guère décidé à se dégonfler. Et j’ose même pas imaginer le jour où il explosera. Bref.

Avec un baril à près de 150$, soit 2 fois plus qu’il y a un an, l’utilisateur lambda commence à réfléchir à 2 fois avant de faire partir son budget mensuel en vapeur d’essence. Et les Américains sont comme tout le monde, les dépenses inutiles, ça les rebute. D’où cette chute spectaculaire des ventes de 4×4 aux États-Unis (-27,5% au mois de mai), contraignant le géant de l’automobile General Motors à une réorientation stratégique doublée d’une restructuration historique. Exit les Hummers, place aux véhicules hybrides.

Que le numéro un américain de l’automobile réponde à l’effondrement des ventes par un tel revirement n’a rien d’étonnant, la logique économique ayant toujours dirigé le monde industriel (voire le monde tout-court). Mais que les consommateurs américains, ex-”pires pollueurs de la planète” (à présent supplantés par les Chinois), aient attendu que leur portefeuille souffre de l’utilisation de ces engins pour commencer à s’en détourner, alors que ça fait belle lurette qu’on leur chante que ces camions miniatures martyrisent la planète, c’est d’un cynisme assez désolant.

Comme quoi le meilleur moyen de booster les consciences vertes, c’est de faire rimer écologie avec « portefeuille préservé ». Parce que « planète préservée », manifestement, ça marche vachement moins bien.

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