La vérité sort de la bouche des enfants…
le 29 octobre 08 par Moliv
… mais pas toujours, en fait.
19 septembre 2008. Un enseignant d’un collège de l’Aisne est retrouvé pendu à son domicile. La veille encore, il était vivant. En garde à vue. Interrogé avec certainement toute la déférence dont les agents des forces de l’ordre savent faire preuve, suite à la plainte de l’un de ses élèves, à qui il aurait donné un coup de poing.
24 octobre 2008. On apprend que l’élève, 15 ans, avait menti.
L’enseignant était, on s’en doute, en proie à des difficultés personnelles. Gageons que cette histoire de plainte ne fut que l’élément déclencheur d’un passage à l’acte qui, de toutes façons, aurait très certainement fini par se produire tôt ou tard.
Reste que cette histoire me met considérablement mal à l’aise.
Tout d’abord parce que le suicide est pour moi d’une violence désespérée extrême. C’est toujours avec un étrange sentiment de compassion teinté de révolte que je me demande comment un être humain peut en arriver au renoncement le plus total, sans plus même se préoccuper de l’irréparable douleur que son geste infligera à ceux qu’il laisse derrière lui.
Ensuite parce que je compte parmi mon entourage nombre d’enseignants passionnés, qui pourraient très bien se retrouver un jour sous le coup d’une plainte, dont la banalisation n’est semble-t-il plus l’apanage de nos seuls amis américains.
Cette navrante affaire soulève donc des interrogations pour lesquelles je n’ai aucune réponse vraiment tranchée. Est-il réellement possible de protéger l’enfant en conférant, sous prétexte de principe de précaution, un crédit total au moindre de ses dires, sans tomber dans le travers d’une toute-puissance infantile ? Et même si la sécurité d’un gosse passe évidemment avant n’importe quel amour-propre, le poids psychologique d’une plainte, d’une garde à vue, d’une enquête, et de tout ce qui en découle, ne mérite-t-il pas quelques vérifications préalables ?
Ce qui est sûr, c’est qu’une société où des enseignants maltraitent des élèves, et où des ados diffament leurs profs, a forcément loupé une marche quelque part.
C’est pas ça qui va arranger ma crise de foi en l’Homme.
(Et voilà, je vais encore être obligé de parler de Winnie l’Ourson la prochaine fois… Faut vraiment que j’arrête de faire des articles déprimants moi, Vincent Delerm va finir par me coller un procès aux fesses pour plagiat !)