Depuis quand pleut-il à l’intérieur ?

le 25 novembre 08 par Moliv

essuie-glace.jpg

Aujourd’hui, un peu de vocabulaire :

essuie-glace (n.m.) :
1. Appareil comportant un ou deux balais servant à essuyer le pare-brise d’une voiture quand il pleut.
2. Mouvement d’aller-retour de la main gauche d’un danseur lors des 3 premiers temps d’un dile que si.

Alors au risque de revêtir une fois de plus mon insupportable costume de pinailleur intransigeant, j’aimerais me fendre d’une tentative d’explication sur les raisons de mon aversion inébranlable envers ce terrible réflexe masculin qu’est la seconde définition décrite précédemment (parce que la première on s’en tape un peu élégamment, tout de même).

Prenons un homme, un vrai. Bien sous tous rapports. Un danseur, quoi. Lors d’une soirée salsa, il se décide à inviter une demoiselle, tout aussi bien sous tout autant de rapports. Qui accepte. Jusqu’ici, tout va bien.

Le couple se dirige sur la piste, tandis que retentissent les premières notes du morceau. Notre danseur se place en position ouverte (nous parlons cubaine, bien entendu), traque d’une oreille attentive le premier temps de la mesure, laisse la musique inonder son corps, s’apprête alors à initier ce qui est pour lui le plus basique des mouvements, à savoir un dile que si

Et là, c’est le drame.

Ses basses pulsions machistes, que des années de thérapie avaient enfouies au plus profond de son Surmoi pour laisser place à l’acceptation de l’égalité de sexes, ressurgissent d’un seul coup. Il se surprend à imaginer tenir dans sa main gauche une télécommande pour demoiselles, lui permettant à loisir de couper le son, de mettre en veille, et surtout de diriger le pied droit de sa partenaire !

On assiste alors à ce que j’appelle le syndrome de « l’essuie-glace », à savoir un mouvement d’aller-retour exécuté à l’unisson par les pieds et les bras des 2 protagonistes. 1 : en arrière, 2 : sur place, 3 : en avant.

Le fait que je trouve ce guidage particulièrement disgracieux n’a absolument aucune espèce d’importance. Après tout, comme disait ce cher Fox, « la vérité est ailleurs ». Non, le problème, c’est qu’il va à l’encontre du mouvement naturel du corps, et donc empêche la danseuse de bouger son buste comme elle l’entend.

Note au lecteur : les paragraphes qui suivent risquent fort d’être un peu rébarbatifs – voire carrément chiants, n’ayons pas peur des mots – mais le principe étant quelque peu délicat à expliquer par écrit je me vois contraint de dangereusement rallonger l’article dans un souci de précision. Je conseillerais donc aux mecs de le lire en 2 fois histoire de ménager leurs neurones, et aux blondes, euh… ben de carrément laisser tomber.

L’idée de départ est toute simple. Lorsque l’on marche bras ballants, à moins d’être cousin avec R2D2, on balance instinctivement en avant le bras opposé au pied qui se déplace (et l’autre en arrière, forcément). Essayez, vous verrez. Ça donne :

  • Pied gauche avant, bras gauche arrière, bras droit avant,
  • Pied droit avant, bras droit arrière, bras gauche avant,
  • et ainsi de suite jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Le truc, c’est que ça marche aussi en reculant. Pied qui se déplace, bras opposé en avant :

  • Pied gauche arrière, bras gauche arrière, bras droit avant,
  • Pied droit arrière, bras droit arrière, bras gauche avant,
  • et ainsi de suite si jamais on a survécu jusque là.

Eh bien en danse, c’est exactement la même chose. Avec en prime un petit contre-mouvement au niveau des épaules en fonction du bras qui bouge. Je m’explique : si c’est le bras droit qui balance en avant, on aura le bras gauche en arrière (ça on a compris), mais également l’épaule droite en arrière et l’épaule gauche en avant. Et vice-versa réciproquement de manière antagoniste.

Tout ça pour dire que sur la simple première moitié d’un dile que si, on aura :

  • 1 : pied gauche arrière, bras gauche arrière (épaule gauche avant), bras droit avant,
  • 2 : pied droit sur place, bras droit arrière (épaule droite avant), bras gauche avant,
  • 3 : pied gauche avant, bras gauche arrière (épaule gauche avant), bras droit avant,
  • 4: décrochage d’un contrat en tant que contorsionniste au cirque Pinder.

Alors tout ça c’est de la théorie, bien sûr. Les mouvements vont se révéler beaucoup plus subtils, avec peu d’amplitude, le tout étant très fluide et lié. Mais l’idée est là. A chaque temps correspond un pas, un transfert de poids, et donc un mouvement de bras.

Le plus simple est encore de remplacer les allées et venues du bras gauche par une petite rotation tranquille. Les épaules vont redevenir libres, le buste également, et ça limitera considérablement l’effet « automate » du genre : vas-y-que-j’ouvre-mon-bassin-mon-buste-et-mon-épaule-en-même-temps-que-mon-pied-qui-du-coup-se-contente-de-faire-un-bête-touch-au-lieu-d’un-vrai-pas.

Attention toutefois à ne pas trop se laisser enflammer sur la rotation, il ne s’agit pas ici de faire démarrer la danseuse à l’aide d’une manivelle. Mais de toutes façons je préfère tout de même les moulins à vent aux essuie-glaces, c’est nettement plus poétique.

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2 commentaires pour cet article

  1. Daniel

    Avec toutes tes explications tridimentionnelles et la peine que cela t’as donnée, afin que nos gracieux mouvements d’essuies glace se transforment en de subtiles attitudes de moulins à vent, ne serait il pas mieux que quelques photos ou vidéo viennent en aide aux pauvres danseurs. Nous croulons sous les fonctions et les responsabilités, assidus à la tâche et concentrés à la mise en valeur de notre partenaire, qui ne s’en prive pas, nous ahanons sous la charge et je pense qu’ une aide apportée par la vidéo, nous permettrait à loisir de réviser certaines passes,de mieux se les mémoriser ,d’apporter des attitudes afin que la soirée venue nous nous trouvions libérés,gracieux,attentionnés,etc …. des mecs quoi .

  2. ALI

    oui oui une petite vidéo de l’essuie-glace ! stp :)

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