Double-Face

le 02 octobre 09 par Moliv

double-face.jpg

C’est l’événement polémique qui passionne le plus les Français ces derniers temps, juste après le procès Clearstream, la grippe A, la castration chimique, la privatisation de la poste, et l’état de santé de Johnny : Roman Polanski a été arrêté samedi dernier à Zurich.

Le cinéaste, sous le coup d’un mandat d’arrêt international provenant des États-Unis, se voit ainsi menacé d’être extradé vers le pays de l’Oncle Sam pour y répondre de faits commis en 1977, alors que le malheureux pensait naïvement être devenu suffisamment invisible aux yeux – bandés certes, mais tout de même – de la Justice pour pouvoir débarquer flegmatiquement en Helvétie et y recevoir un prix saluant l’ensemble de sa carrière sans que personne ne soit suffisamment mesquin pour venir lui chercher dans la tête des poux vieux de plus de 30 ans. Et oui, j’ai écrit cette phrase sans respirer, ce qui explique que vous ayez certainement dû faire de même pour la lire. Inspirons donc ensemble et reprenons.

Je ne vais pas m’étendre sur l’histoire en elle-même, qui a suffisamment été développée ici et là, avec souvent une exactitude plus qu’approximative. Pour ceux que le côté légal et factuel de la chose intéresse, il y a l’excellent (comme à son habitude) article de Maître Eolas.

Pour les autres, voici la version condensée. Années 70, Monsieur Polanski abuse sexuellement d’une mineure de 13 ans après l’avoir saoulée et droguée. Plainte, procès, le cinéaste plaide coupable, arrangement financier, puis fuite du principal intéressé, qui par là-même se condamne à ne plus jamais remettre les pieds au pays du hamburger sous peine de devoir troquer son smoking contre un pyjama rayé.

Samedi dernier, le mandat d’arrêt étant toujours d’actualité grâce à la pugnacité des justiciers outre-atlantiques, notre homme se retrouve en un éclair sous verrous et projecteurs.

S’ensuit alors, et c’est là que j’interviens vu qu’on est vendredi et que le vendredi c’est permis, un impressionnant ballet de déclarations indignées et autres marques de soutien, aussi spontanées que dithyrambiques, provenant des hautes sphères culturelles et ministérielles. Ce à quoi je rétorque : mais de qui se moque-t-on ?

Je ne connais pas le travail de Mr Polanski, et là n’est pas la question à vrai dire. Il peut bien être un réalisateur de génie, il n’en demeure pas moins un homme s’étant rendu coupable d’un acte particulièrement nauséabond. Et se jeter sur le premier micro venu en criant à l’injustice et au crime culturel revient à lui conférer une toute nouvelle virginité légitimée uniquement par son statut d’artiste. Genre : « Regardez comme il fait de beaux films, on peut bien le laisser un peu tranquille, non ? ». Je suis certes un fervent partisan du droit à l’oubli, mais pas lorsqu’il est indexé sur une quelconque échelle de valeurs, qui plus est basée sur le talent ou la notoriété.

Une même personne peut à la fois un être artiste exceptionnel et un être humain totalement abject, il n’y a pas de contradiction. Et l’on peut tout à fait admirer le premier tout en méprisant le second. Mais lorsque j’entends Frédéric Mitterrand qualifier l’arrestation de Roman Polanski « d’absolument épouvantable (…) pour une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », j’ai un peu le sentiment que notre cher Ministre de la Culture laisse sa passion artistique l’emporter sur son jugement personnel.

Car comme a dit Chimulus :

chimulus-dessin-polanski-mitterrand.jpg
Ajouter un commentaire

5 commentaires pour cet article

  1. fanny

    Pas vraiment grand chose à ajouter si ce n’est que c’est le triste reflet du monde dans lequel nous vivons…. rien de vraiment étonnant donc dans les soutiens qui sont apportés à cet homme même si c’est indignant je suis bien d’accord.

    L’essentiel étant quand même qu’il assume enfin les conséquences de ses actes!!! (même si c’est forcé et que ça ne répare en rien ce qu’il a fait). Quand aux personnes et personnalités qui le soutiennent, et quelles qu’en soient les raisons, elles dévoilent juste une âme assez sombre pour ma part…

  2. Moliv

    Attention, c’est pas aussi simple que ça. Polanski a à l’époque plaidé coupable, un arrangement financier a été convenu avec la famille de la plaignante, et s’il s’est enfui c’est à cause d’un revirement du juge américain. La victime lui a depuis pardonné, et si l’acte reste répugnant, son droit à la prescription peut se défendre.

    Ce que je condamnais surtout, c’est cette plus que douteuse levée de boucliers de l’élite bien-pensante dont le jugement fait souvent 2 poids, 2 mesures.

  3. fanny

    Ok moi j’avais eu un autre son de cloches…..Je sais pourtant bien que les médias sont passés maîtres dans l’art de la manipulation, et j’avoue ne pas m’être intéressée plus que ça à l’affaire :$ N’empêche que l’arrangement financier est bien facile lorsqu’on en a les moyens!!! Même si je ne juge en aucun cas la famille et la victime.

    Pour le reste on est bien d’accord.

  4. Karine

    J’ai entendu dire un jour d’une personne commettant les mêmes actes qu’on lui donnerai le Bon Dieu sans confession (si on ne le connaissait pas vraiment … dans l’intimité) !
    Il s’en ai sorti, pas de condamnation !

  5. Titi

    Oui suis d’accord. Libre a chacun de dire qu’il le mérite ou pas.
    Ce qui est surement inadmissible c’est que si ca avait été le commercant du coin (qui aurait pu d’ailleurs changer du tout au tout suite a ceci), personne n’aurait rien trouver a redire alors que si c’est un grand artiste, certains trouve ca totalement anormal.
    On peut envisager le “pardon” mais il faudrait que ce soit la même issue quelque soit les fonctions ou les talents de la personne.

Ajouter un commentaire