Ni pute, ni police
le 21 octobre 09 par Moliv
Je m’étais pourtant promis qu’on ne m’y reprendrait plus. Que maugréer sauvagement contre le premier scandale polémique venu était certes particulièrement défoulatoire, mais risquait fortement de nuire à mon inaltérable image de mec calme et conciliant qui ne râle jamais [rires enregistrés].
J’ai ainsi courageusement fermé les yeux sur cette affaire de gamin prétendument perdu dans le ciel à bord d’une montgolfière. Je n’ai pas davantage bronché lors de l’annonce du futur job étudiant de notre prince Jean national.
Las, c’était sans compter sur les dernières déclarations de notre cher ministre de la Culture qui, en plus de balancer des inepties plus affligeantes qu’une soirée spéciale Confessions Intimes, s’offre le luxe de me donner l’impression que je m’acharne sur lui. Le vil.
Bref, notre homme s’est récemment insurgé contre les douces paroles du clip J’ai 40 meufs du rappeur Morsay. Et même si je n’ai pas vu la moindre image de cette vidéo dont le titre seul laisse augurer d’un modèle de subtilité et de bon goût, je ne puis que partager sans réserve aucune l’indignation de Monsieur Mitterrand.
« Quoi ? Mais qu’en est-il alors de cette diatribe hargneuse que laissaient présager les précédents paragraphes ? », s’interrogeront les plus perspicaces de mes lecteurs. Rassurez-vous, j’y viens.
« J’ai 40 meufs et j’ai toujours la dalle, c’est Morsay j’nique la police municipale ». Voilà le refrain de l’œuvre en question. Vous partagerez je pense mon irrépressible enthousiasme quant à la profondeur des paroles, tout en évitant sans doute d’aller voir le clip par peur d’être déçu après si brillante entrée en matière. D’après ce que j’ai cru comprendre, la mise en scène se limite à de jeunes gens armés menaçant et invectivant une innocente caméra n’ayant rien demandé, la pauvre. Oui, ça fait rêver.
Inutile de préciser ce que je pense de cet étron musical, le doute n’est pas permis et là n’est pas la question. Ce qui me dérange en fait, c’est cette autre réaction de Frédéric Mitterrand, au sujet de la chanson Sale pute d’Orelsan, dont on ne peut évidemment s’empêcher de faire le parallèle avec les 40 compagnes du cop fucker. Même style musical, même fraîcheur dans le message, même ministre ayant un truc à dire.
Sauf qu’au lieu de s’offusquer des paroles d’Orelsan, notre cher Frédéric avait à l’époque choisi la voie de la compréhension. Je cite (source AFP) :
Je trouve toute cette polémique tout à fait ridicule. Orelsan exprime le dépit amoureux, avec des termes qui ne sont pas les miens, moi je ne parle pas exactement la même langue, mais il a tout à fait le droit de l’exprimer. Je ne trouve rien de choquant ni de répréhensible à la manière dont il le chante. Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes et qui sont devenues des classiques”.
Alors même si ça m’arrache les yeux d’écrire ici de telles déjections verbales, je me vois tout de même contraint de vous faire partager quelques-uns des vers de ce Rimbaud des temps modernes :
On s’tenait par la main on s’enlaçait on s’embrassait
On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire
T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir
(…)
J’étais trop fidèle (sale pute)
J’ai les nerfs en pelote (sale pute)
J’vais te mettre en cloque (sale pute)
Et t’avorter à l’Opinel
Rien de « choquant ni de répréhensible ». Certes. Je ne suis décidément qu’une chochotte délicate et hypersensible. Mais une fois encore, là n’est pas le problème.
Non, ce qui me donne vraiment envie de rendre le contenu de mon estomac avec distinction, c’est la scandaleuse versatilité des prises de positions de Monsieur Mitterrand sur 2 affaires résolument identiques.
Du rap, de la provoc’, des paroles choquantes. Seul le sujet change. L’un brait le dépit amoureux, l’autre le dépit social. Morsay s’en prend aux flics, Orelsan aux femmes. S’émouvoir de l’un tout en cautionnant l’autre relève au mieux d’une terrible maladresse, au pire d’une incommensurable connerie.
(Photo Guillaume Bernard / VISUAL Press Agency).
Meg 21.10.09 à 17:31 - Citer
Et l’on remerciera au passage Monsieur Mitterand pour ce génialissime coup de pub gracieusement offert à ce délicieux artiste.
Encore une fois où il aurait mieux fait de se taire.
Titi 21.10.09 à 17:49 - Citer
Ouais. C’est clair. Un bon buzz de lancer et amplifier.
Mais je vois vraiment pas comment, en toute bonne foi et sans être influencé par des raisons personnelles (et encore), on peut avoir un avis différent sur ces 2 “créations”.
Moliv 22.10.09 à 9:04 - Citer
Ouais m’enfin là pour le coup, les responsables du coup de pub seraient plutôt tous ceux qui en parlent, comme moi.
Mais c’est vrai qu’il devrait apprendre un peu les vertus du silence au lieu de jouer aux girouettes médiatiques. Car comme a dit je sais plus qui : « Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que de l’ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet ».
Laeti 24.10.09 à 14:42 - Citer
Et je crois que ce qui craint encore plus, c’est qu’il y a des jeunes mecs( en majorité) qui vont acheté ces cd( ou les télécharger, illégalement ce serait mieux
) et qui vont écouter ça en boucle, et se persuader que le manque de respect est tout à fait normal, tant envers les femmes qu’envers les flics!
Moliv, une idée de paroles de chanson qu’on pourra écouter à fond pour se défouler sans danger (sauf pour les tympans)! libre choix pour la musique :
1….5…..1…..5……STOOOOOOOOOOOOOOOP