Débutant débouté

le 15 décembre 09 par Moliv

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C’était un malentendu. Un quiproquo, une mauvaise interprétation, le fruit d’une imagination par trop galopante.

Du moins l’espéré-je (indicatif présent avec sujet inversé et voyelle euphonique particulièrement affreux à la lecture mais qui pète tout de même pas mal sa race, osons l’avouer humblement). Parce que dans le cas contraire, je risquerais fort de voir définitivement se consumer les ultimes braises de ce qui fut un jour le feu ardent de ma foi en l’âme humaine (envolée lyrique ridiculement pompeuse dont l’unique but est de faire oublier l’insondable vacuité de ce qui s’annonce comme un article particulièrement chiant, osons l’avouer tout aussi humblement).

L’événement en question m’a été narré il y a quelque temps déjà. La durée d’assimilation d’une information étant inversement proportionnelle au nombre de neurones du cerveau destinataire, je vous laisse imaginer l’ancienneté de la chose. Pour d’évidentes raisons de confidentialité, et surtout parce que je n’ai pas la moindre idée de son identité, le personnage principal de cette histoire sera joué par la rayonnante mais néanmoins désespérée femme au foyer Edie Britt.

L’action se déroule lors d’un cours de danse…

Ils étaient une quinzaine. Vingt, peut-être. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes. Tous écoutaient religieusement les judicieux conseils de leur professeur de salsa avec une attention qui n’était plus à prouver, tout en s’évertuant à reproduire avec application les obscurs enchevêtrements que ce dernier leur exposait.

C’est alors que le maître de cérémonie prononça la formule magique s’avérant être à l’origine du terrible drame qui nous préoccupe : « Changez de partenaire ! ».

Parfaitement rodées à ce rituel échangiste, les danseuses effectuèrent en un clin d’œil un subtil décalage translato-rotatif pour atterrir dans de nouveaux bras masculins mais néanmoins accueillants. Ce fut ainsi le cas de notre chère Edie, qui se dirigea avec élégance et sourire vers son nouveau partenaire. Sourire qui s’évanouit presque aussitôt lorsqu’elle réalisa que celui-ci n’était autre que… euh, ben disons Casimir, l’ami des enfants !

Bon, alors faut dire ce qui est, hein. Edie, elle a pas la vie facile, avec tous les coups fourrés qu’elle se prend dans la tronche à longueur de journée sur Wisteria Lane. Et Casimir, bien que tout à fait avenant et propre sur lui, a le malheur d’être un homme… pardon, un monstre, ce qui rappelons-le est particulièrement traumatisant lorsque l’on débute dans cet univers impitoyaableuh.

S’ensuivirent alors pour notre machin orange les 5 minutes les plus longues de sa vie de peluche géante, durant lesquelles il dut subir regards courroucés, soufflements agacés, et moultes autres expressions de mécontentement agressif à chaque fois qu’il tentait de guider notre suzanophobe, que ce fût à bon escient, ou pas.

Ce n’est que lorsque retentit à nouveau la merveilleuse formule magique de translation d’accessoires que nos deux protagonistes se retrouvèrent enfin libérés de leur boulet respectif, l’une exaspérée au point de foutre le feu à n’importe quelle baraque, et l’autre déprimé au point de s’exiler définitivement sur une île lointaine envahie de marmots.

On n’entendit plus jamais parler d’eux.

Que les choses soient claires. Je me fous de savoir où s’est déroulée cette scène, et si Edie était une femme, un homme, ou un poisson rouge. Dans un cours, on séclate, on se concentre, on s’énerve, on communique, mais en aucun cas on ne s’amuse à rabaisser gratuitement quelqu’un venu, comme nous, apprendre à se perfectionner.

Évidemment, il n’est pas non plus question de se transformer en martyr silencieux prêt à endurer n’importe quoi. Les filles, si un danseur vous brutalise, vous criez avec grâce et véhémence. S’il a les mains baladeuses, vous lui en retournez une. S’il vous brutalise avec des mains baladeuses, là vous avez le droit de lui exprimer calmement votre désaccord en lui balançant élégamment votre genou dans l’entrejambe.

Mais jamais, au grand jamais, on ne devrait avoir à subir un quelconque mépris réprobateur de la part de notre partenaire simplement parce que celui-ci nous considère comme indigne de son niveau. Qui plus est durant un cours.

On est tous le débutant de quelqu’un. Tous. L’oublier, c’est s’exposer à un retour de manivelle qui sera d’autant plus violent qu’il aura été tardif.

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7 commentaires pour cet article

  1. Maxou

    Je kiffe cet article, merci Mo!

    P.S. : C’est à force de lire San antonio que tu as appris à maîtriser l’indicatif présent inversé ? ;-)

  2. Fanny

    Clap clap clap!!!!!!!!!!!

    Quand on en est aux prémices de l’apprentissage de la salsa, ce genre de choses peuvent tout simplement mettre un terme à ce qui aurait pu être une belle aventure.

    Au delà de la danse, la salsa est juste une grosse éclatade hyper festive, simplement s’amuser sur de la musique ensoleillée avec des danseurs/danseuses de tous niveaux, partager, prendre plaisir… What else?!?!???

  3. Moliv

    Yep. Ce qui ne veut pas dire qu’on va forcément s’éclater avec tout le monde, chacun ses affinités et sa sensibilité, aucun problème là-dessus. Mais la condescendance liée au niveau a un tout ptit peu tendance à m’exaspérer.

    @Maxou : Fait chier, quand même… ;o)

  4. Fanny

    Voui, mais cette condescendance tu la retrouves en général dans la vie et dans d’autres domaines… sans commentaire.., mais ton ptit coup de gueule, qui me plait beaucoup :) , remet un peu les choses à leur place, même si les “intéressés” ne parcourent pas forcément ton blog

    … Et Béru….. il va bien ? ^^

  5. Clau

    Entre ceux qui ne te regardent même pas pendant la danse et ceux qui soufflent a chaque fois que tu ne comprends pas la passe qu ils essaient de faire, j avoue qu être débutant c est pas super facile tous les jours mais c’est pas bien grave tant qu il y a la musique et surtout tous ces danseurs qui sont la comme nous pour passer un bon moment et bien on s amuse et on prend du bon temps c’est ça le plus important n est ce pas moliv….

  6. Jess

    Je suis toujours particulièrement impresssionnée par la tournure poétique de certaines de tes phrases, et je dois avouer que cela me me terrifie et me fascine à la fois car je me demande si toutes ces élucubrations ( merde ça s’écrit comme ça?) viennent naturellement ou si elles sont le fruit d’une recherche particulièrement douloureuse (et ce à l’aide que quelque dictionnaire ou autre bescherelle-tiens ça fait longtemps que je n’avais pas utilisé ce mot….-).Quoi qu’il en soit et je m’éloigne du sujet et suis complètement hors-sujet finalement, je te remercie pour tes articles hétéroclites qui sont tellement enrichissants…et merci merci merci d’écrire en “vrai français” à l’heure ou nos portables et autres supports de communication sont envahis par tous ces lol,mdr, jtm, c kan kon svoi pour boir un kfé ( je suis sûre qu’il y a moyen de faire plus court), bref MERCI et bonne fêtes!!!

  7. Moliv

    arèt tu mfé roujir !

    En tous cas je te rassure, ces déblatérations hasardeuses ne nécessitent guère qu’un peu de temps libre et 2 neurones complètement barrés. Le truc, c’est que le premier me manque souvent cruellement, contrairement aux seconds…

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