De vie privés
le 04 février 10 par Moliv
S’il est un sujet qui me fascine à peu près autant qu’il m’indiffère, c’est bien celui sur la vie privée. Mais si, vous savez bien, cette vague notion archaïque qui fait doucement rigoler la jeunesse d’aujourd’hui, au même titre que le minitel, les pattes d’eph’, ou le papier à lettres.
Car ne nous voilons pas la face : le droit à la vie privée, de nos jours, c’est complètement has-been ! Enfin, c’est en tous cas ce que semble penser Mark Zuckerberg, l’illustre fondateur du réseau social Facebook, qui déclarait le mois dernier :
Les gens sont désormais à l’aise non seulement avec l’idée de partager plus d’informations et de différentes manières, mais de façon plus ouverte et avec plus de personnes… La norme sociale est juste quelque chose qui a évolué avec le temps.
Rien de bien méchant, me direz-vous. Oui, mais sauf que.
Sauf que même si ce sémillant jeune homme de 25-ans-ah-ouais-quand-même est indubitablement dans le vrai, son propos reste un modèle de communication hypocrite frisant le foutage de gueule.
Sauf que même si les gens sont désormais à l’aise avec l’idée de partager des informations, ils ne le sont que très modérément à l’idée d’en perdre tout contrôle.
Et sauf que même si Facebook constitue un formidable outil de connexion sociale, ce n’est décidément pas avec ce genre de déclarations que je vais me motiver à rouvrir le livre.
En fait, ce qui me gêne dans les propos de notre ami, c’est qu’il manipule un état de fait indéniable pour s’auréoler d’une virginité étincelante. Le message « Ah nous on n’y est pour rien, c’est les gens qu’ils aiment bien se montrer » prêterait presque à sourire s’il n’était aussi dégoulinant de mauvaise foi. Car en rendant par défaut les informations personnelles publiques, Facebook s’inscrit clairement dans une logique incitative et manipulatrice, les utilisateurs se retrouvant contraints de modifier eux-mêmes leurs paramètres pour retrouver un semblant d’illusion de confidentialité.
Personnellement je n’appelle pas ça suivre une tendance, mais carrément l’initier. Et en y apposant un vernis spécial faux-cul, qui plus est, histoire de transformer une course aux revenus publicitaires en une réponse aux attentes des utilisateurs.
J’en viendrais presque à préférer l’écœurante sortie d’Eric Schmidt, PDG du grand méchant Google, qui nous expliquait en décembre dernier que la vie privée était un concept totalement inutile tant que l’on n’avait rien à se reprocher (via Standblog) :
Je pense qu’il faut faire preuve de jugeotte. S’il y a quelque chose que vous faites et que personne ne doit savoir, peut-être qu’il faudrait commencer par ne pas le faire. Si vous avez besoin qu’on respecte à ce point votre vie privée, le fait est que les moteurs de recherche – y compris Google – enregistrent et conservent des informations pendant un certain temps. Il faut bien réaliser que nous, aux USA, sommes soumis au Patriot Act et donc qu’il est possible que toutes ces informations soient mises à la disposition des autorités à leur demande.
Oui, je sais, moi aussi j’ai rendu mon estomac en lisant ces lignes.
Le truc, c’est que j’ai beau me moquer éperdument des traces que je laisse en ligne, je veux pouvoir choisir de m’en moquer. Que Google ou Facebook s’amusent à collecter des données sur mes goûts, mes amis, mes recherches, mes photos et j’en passe, n’est pas réellement un problème en soi. Ce qui l’est plus, c’est que ce fichage soit fait de façon obscure et insidieuse, m’amenant progressivement à perdre tout contrôle sur mes propres informations.
Le web est un outil de communication et d’élargissement culturel exceptionnel. Mais que certains de ses acteurs majeurs s’amusent à y piétiner notre droit à la vie privée ne laisse rien présager de bon quant à son devenir.
Car comme l’illustre si brillamment cet excellent fond d’écran de chez Desktop Nexus :

(Illustration (c) TF1/Endemol)