
Ceux qui ont déjà eu le malheur d’assister à l’un de mes cours connaissent mon haïssable penchant pour la torture psychologique et les lavages de cerveau – toutefois désespérément inefficaces dans le cas d’élèves à tendance capillo-blondissante pour d’évidentes raisons d’absence de matière à traiter.
Las, en plus de ces intolérables harcèlements moraux, voilà que mes pauvres et innocentes (sic) proies se trouvent en plus confrontées à d’impitoyables sévices corporels. Parmi eux, l’ablation virtuelle du pouce de chaque main. Si. Me demandez pas pourquoi je suis aussi méchant, y a forcément du freudien là-dessous et ma mère me lit régulièrement.
Toujours est-il que l’un de mes chevaux de bataille favoris, précédé d’une courte tête par la CAEG (Croisade Anti-Essuie-Glaces), se trouve donc être la lutte contre l’usage des pouces durant une danse (la LCUPDD, quoi, ce qui est tout de même moyen vendeur comme acronyme).
Mais pourquoi diantre ?, s’interrogeront légitimement les inconscients ayant survécu à cette désolante introduction.
Eh bien tout simplement parce qu’un pouce dans une danse, c’est un peu comme un Jean-Marie au second tour des régionales : ça n’a rien à foutre là, et ça peut faire pas mal de dégâts.
On le sait, en danse de couple, la connexion est essentielle. Et n’en déplaise aux fervents adeptes de contacts corporels tant inattendus qu’insupportables tels que coups de ventre, agressions nasales, ou encore bottages de popotin – dont je ne fais absolument pas partie, bien entendu –, cette connexion physique se fait généralement par un simple et délicat contact de doigts. Sans pouce, bravo je vois qu’il y en a 2 qui suivent encore.
Car bien des problèmes découlent de l’utilisation du pauvre doigt incriminé.
Le premier, c’est l’illusoire indispensabilité dont il se voit auréolé dès lors que l’on a pris l’habitude de l’appeler à la rescousse. On se retrouve ainsi persuadé de ne pouvoir garder contact avec notre partenaire qu’en maintenant sa main serrée dans une rassurante bien qu’inconfortable pince-monseigneur. Résultat, dès que l’un des 2 protagonistes fait ne serait-ce que mine de relâcher la pression de cet étau manuel, on l’interprète aussitôt comme un signal libérateur de vas-y tu peux récupérer ta main j’en ai plus besoin maintenant. Alors qu’en fait pas du tout, c’était juste à cause d’une crampe à la deuxième phalange.
Le second, c’est bien évidemment la terrible désagréabilitude de ladite prise. Car qu’il soit masculin, féminin, frêle, calleux, robuste, ou manucuré, le pouce reste le doigt le plus puissant de la main (affirmation certes honteusement hasardeuse, mais particulièrement efficace pour instaurer un climat de terreur et d’oppression). Passer toute une danse enferré dans cette pince est le meilleur moyen de perdre toute sensibilité manuelle, demandez donc à un Playmobil.
Le troisième, enfin, c’est l’impossibilité technique d’effectuer certains mouvements de doigts coulisso-rotationnels absolument indispensables au bon déroulement d’une passe. Pour guider – et être guidé – correctement, il est en effet impératif de permettre à nos mains de se mouvoir le plus librement possible, tout en conservant un contact permanent au niveau des doigts. Ce qui reste tout à fait envisageable en maintenant une pince manuelle, à condition de considérer que fracturer le poignet de son partenaire n’est finalement pas si grave que ça.
Alors bien sûr, se servir de son pouce n’est pas forcément passible de lapidation. Cela peut même s’avérer totalement nécessaire dans certains cas. Mais l’utiliser de façon systématique pour garder la connexion est un réflexe non seulement inutile, mais surtout particulièrement néfaste.
Bon, le problème, c’est que du coup mes élèves ressemblent tous à peu près à ça :
On n’a rien sans rien, hein.












Je crois que le coup du : « Jean-Marie au second tour des régionales » m’a plus impressionné que d’envisager l’ablation du : « doigt le plus puissant de la main » . Mais, Jean-Marie mis à part, je suis d’accord, c’est assez gênant les pouces quand on danse !!! : ) !!!