
J’avoue avoir une relation quelque peu ambigüe avec ce que j’appellerai de manière totalement confuse les médias d’information, à savoir la presse écrite, la radio, la télévision, et Paul le poulpe.
D’un côté, la lente mais certaine mue du contenu offert me plonge dans le désarroi le plus profond, l’information crue, neutre et impartiale laissant peu à peu la place à une communication maîtrisée, poujadiste et complaisante.
De l’autre, je voue une admiration sans borne à toute forme de journalisme d’investigation, ultime bastion des amoureux de la Vérité, qu’il traite de l’évolution du conflit israélo-palestinien ou du financement occulte du club de bridge de Trifouillis-les-oies.
Tout ça pour dire que l’article 13 (22 dans le texte définitif) du projet de loi relatif à l’action extérieure de l’État ayant été discuté puis adopté par l’Assemblée nationale le 12 juillet dernier n’emporte que très modérément mon adhésion. Je vous le livre tout de go (source) :
L’État peut exiger le remboursement de tout ou partie des dépenses qu’il a engagées ou dont il serait redevable à l’égard de tiers à l’occasion d’opérations de secours à l’étranger au bénéfice de personnes s’étant délibérément exposées, sauf motif légitime tiré notamment de leur activité professionnelle ou d’une situation d’urgence, à des risques qu’elles ne pouvaient ignorer.
Les conditions d’application du présent article sont précisées, en tant que de besoin, par décret en Conseil d’État.
Oui, vous avez bien lu. On se propose de délicatement présenter la note des frais de secours aux boulets s’étant intolérablement empêtrés dans des draps généralement guère beaux.
Souffrez-donc que je screugneugneuse un peu, le sujet s’y prête à ravir.
En toute honnêteté, l’idée en elle-même est défendable. Le but est bien évidemment de responsabiliser le quidam moyen sur les risques encourus lorsqu’il se balade nonchalamment aux alentours de certaines zones chaudes de notre brûlante planète.
Las, la formulation dudit article rend volontairement, n’ayons pas peur des mots, le champ d’application de la sanction extrêmement flou. Car s’il est effectivement timidement fait mention d’une éventuelle exonération liée à une « activité professionnelle », seul le juge aura, au final, le pouvoir de décider si la raison ayant poussé cet inconscient à se jeter dans les pattes de vils otageophiles était, oui ou non, un « motif légitime ».
Le député Hervé Féron ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’il a – vainement, autant casser immédiatement le suspense – proposé un amendement à cet article :
Après l’alinéa 1, insérer l’alinéa suivant :
« Les journalistes, les professionnels et collaborateurs occasionnels des médias, les intervenants humanitaires, les chercheurs et universitaires, en mission, sont exclus du champ d’application de la disposition prévue au premier alinéa. »
Arguant, des fois que la chose ne serait point claire, que :
Il s’agit de ne pas faire obstacle à la liberté de la presse et à l’action de professionnels appelés à prendre des risques dans l’exercice des missions qui leur ont été confiées. La mission d’informer, les missions de solidarité, les missions de connaissance, en zones de crise, peuvent mettre en danger les personnes en ayant la responsabilité. L’État doit garantir le bon déroulement de ces missions, qui relèvent d’une nécessité démocratique.
Résultat ? Rejeté. Non mais oh. On a déjà claqué 10 M € pour rechercher les 2 journalistes de France 3 disparus en Afghanistan alors qu’ils « n’avaient rien à faire là où il se trouvaient », on va pas en plus encourager les autres à fourrer leur nez n’importe où avec des amendements absolvants, quand même !
Laissons donc au troisième pouvoir le soin de contrôler le quatrième, ça fera des vacances au second.
(via Rue89)












« Bonjour, vous êtes en train de vous noyer. Veuillez nous remettre un R.I.B. ainsi que vos 3 derniers relevés de salaire, nos plongeurs doivent vérifier votre solvabilité avant de vous secourir. Monsieur ? Monsieur, remontez à la surface s’il-vous-plaît, nous avons besoin de votre nom pour la facture. »